Il parlait aux arbres

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La nuit exagère et exacerbe nos sens. Écoutez donc l’histoire de ce poète.

Il y a longtemps, vivait au bord d’un lac, un vieux poète à barbe blanche. Il avait coutume, au coucher du soleil, de s’installer sur un rocher et d’y rester jusqu’au jour naissant. Été, automne, hiver, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, il restait là. Il s’imprégnait des sons, des parfums, du souffle de la nuit.

Il parlait aux arbres, il parlait au lac.

Les gens du village le prenaient pour un rigolo, un fada.

Les arbres bruissaient, chantaient, lui répondaient.

Le poète rentrait alors chez lui, dans sa petite cabane en bois et se mettait à écrire.

Les nuits et les jours s’enchaînaient paisiblement ainsi jusqu’au jour où il entendit un bruit assourdissant, tout près de sa maison. Il eut l’illusion de voir une pelle monstrueuse, suivie d’un fourgon. Il sortit mais ce qu’il vit n’était absolument pas une chimère. Le tas de ferraille avançait lentement, broyant les arbres, éventrant le sous-bois, robot insensible au carnage qu’il engendrait. Il se dirigeait vers sa cabane, lentement, sans pitié.

Le poète hurlait, prenait le lac à témoin ; la forêt sanglotait, pleurait ses blessures à vif. Ils se sentaient tous impuissant face à cette machinerie froide, cruelle, insaisissable.

Mais que se passait-il ?

On ligota le poète pour l’envoyer à l’asile.

Un fou qui parle aux arbres ! Un fou qui parle au lac !

Ce n’est pas courant, ce n’est pas normal, ce n’est pas compréhensible.

Mais enfin, c’est monstrueux !

C’est ainsi que se répandent les rumeurs.

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Brigitte DANIEL ALLEGRO – Castelnau d’Estrétefonds – 2019

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